La méthode diLucot

Texte originale écrit par Bart Torfs. Traduit et rédigé en français par Laurent Planckaert, avec assistance de Wim Decraene. © www.coticule.be
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Une explication claire pour un excellent tranchant

La méthode Dilucot est sans doute une des manières les plus artisanales d’aiguiser un coupe- chou. Avec un peu d’expérience, les résultats soutiendront la comparaison avec ceux obtenus avec les systèmes basés sur une panoplie de pierres de synthèse issues de la haute technologie. Ceux qui ont fait l’apprentissage du rasage au coupe-chou savent que les avantages spécifiques à ces rasoirs vont de pair avec certains inconvénients. Les rasoirs modernes mutilames qu’on peut acheter dans n’importe quel supermarché n’exigent de leurs utilisateurs que peu de com- pétence, il en va tout autrement pour les coupe-choux. Certes, il y a la promesse d’un rasage parfait laissant la peau lisse et moins irritée, mais en même temps, l’éventualité d’un ratage est dangereusement plus présente qu’avec ces objets modernes tant vantés dans la publicité. Ces derniers sont bien plus à l’épreuve des maladresses de l’utilisateur que les coupe-choux tradi- tionnels. On peut en dire autant de la méthode Dilucot. Au début, attendez-vous à des résultats variables, avec des hauts et des bas ! Le défi est d’atteindre le tranchant désiré. La légendaire douceur du fil obtenu grâce à la coticule sera la cerise sur le gâteau.

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N’espérez pas, dès le début, atteindre cette qualité de tran- chant à chaque tentative. Mais ne désespérez pas: l’aiguisage à la coticule n’est pas si ardu, et même si vous n’obteniez pas l’exceptionnel résultat escompté, vous n’en obtiendriez pas moins un biseau impeccable qui ne nécessitera qu’un peu de peaufinage. Vous pourrez alors vous dérouter vers l’étape fi-nale (celle avec le ruban adhésif) de la méthode Unicot, ou confier votre rasoir aux soins d’un cuir recouvert de pâte abrasive. Voilà deux façons alternatives de passer le « mur du tranchant ». Notez que la dernière remplacera le toucher particulier de la coticule par le sien.

Dans son essence, la méthode Dilucot est un exemple de sim- plicité ZEN. On commence avec la coticule et la boue, et on aiguise jusqu’à ce que le tranchant atteigne une limite. Arrivé à ce point, l’aiguisage continue, à mesure que des gouttes d’eau sont ajoutées, dans le but de diluer lentement la boue jusqu’à obtenir de l’eau claire. C’est tout ce qu’il y a à faire.

Pourquoi ça marche ?

A l’usage, le biseau du rasoir va s’arrondir, et des endomma- gements microscopiques vont s’accumuler sur le fil. L’abrasion requise pour réparer ces dégâts nécessite l’utilisation d’une boue abrasive produite en frottant un bout de coticule sur une pierre de coticule mouillée. La concentration en grenats de cette boue est très importante, et lui permet d’arracher l’acier rapidement. Malheureusement, ces cristaux de grenat abîment aussi l’extrémité délicate de la lame par leurs impacts répétés (phénomène d’émoussage causé par la boue). Ces deux effets vont finir par se compenser et au final, à partir d’un certain point, on pourra continuer à passer le rasoir sur la pierre sans qu’il ne devienne plus tranchant. Aiguiser avec une coticule et de la boue ne permet pas d’atteindre une qualité de fil compatible avec un rasage confortable. Mais, on peut aussi utiliser la coticule avec de l’eau. Maintenant, les grenats restent enfermés sous la surface de la pierre ne dépassant que partiellement. Ce mode d’utilisation transforme la coticule en un instrument à polir qui n’agit que de manière très superfi- cielle et lente sur le rasoir et est incapable de s’attaquer au tranchant imparfait laissé par la boue laiteuse.

Methode 002

C’est là que les phases de dilution entrent en jeu. Si on dilue progressivement la boue avec des gouttes d’eau, la coticule va perdre en vitesse d’abrasion pour gagner en qualité de tran- chant. La stratégie de dilution permet de faire la jonction entre le tranchant laissé par une boue assez épaisse et la finition à l’eau claire.

Il est important de diluer graduellement. Si on dilue trop vite la qualité du tranchant restera en arrière, et la pierre ne pourra plus le rattraper. Si on dilue trop lentement, on court le risque que la boue s’épaississe. Cet épaississement est causé par l’évaporation, les particules d’acier arrachées à la lame qui entrent dans le mélange et, parce que les grenats déjà présents dans la boue abrasent la surface de la pierre, des particules supplémentaires provenant de la coticule.

Les 3 étapes de La méthode diLucot:

1 La rectification du biseau

Pendant l’étape de rectification du biseau, on corrige le biseau arrondi et les dégâts microscopiques du fil du rasoir, laissant les faces du biseau planes et un fil droit et propre. Pour cela, la coticule est utilisée dans son mode le plus rapide : avec une boue à la consistance de lait et des demi-passes. Ce sont des passes diagonales, faites d’avant en arrière, sans retourner le rasoir. Un doigt demeure sur le haut du rasoir et y exerce une légère pression. La pression exercée par le doigt, mesu- rée sur une balance de cuisine, est d’environ 250-300g. Plus de pression causerait, spécialement pour un rasoir évidé, une flexion de la lame, ce qui compromettrait le résultat. Eviter de laisserle doigt au milieu de la lame :A la place déplacer-le entre le talon et la pointe, ou placer le doigt sur une partie de la lame qui nécessite une attention accrue, qu’on peut trouver avec le test du pouce ou du poil de bras. Cette habitude évite, qu’après de nombreux aiguisages, un froncement de la lame n’apparaisse au niveau de l’extrémité coupante.

Methode 003

 

Si le fil du rasoir est en mauvais état et demande beaucoup de travail de rectification, vérifier la symétrie des deux faces du biseau et la forme du fil. Le processus est suffisamment lent pour qu’on puisse corriger la dissymétrie en effectuant plus de demi-passes sur la face la plus étroite du biseau. On travaille avec des séries de 20-30 demi-passes. On effectue une série de 30 demi -passes sur un côté de la lame, on retourne le ra- soir (on le fait tourner sur le dos) et on fait le même nombre de demi -passes de l’autre côté. La boue va virer au gris. C’est le signe que les particules d’acier entrent dans la mixture ce qui ne cause aucun inconvénient. Puis, on teste le rasoir: on vérifie qu’il est capable de couper les poils du bras sur toute la longueur de la lame. Si le test n’est pas probant, on réitère ce processus jusqu’à réussir ce test.

Un bon biseau est la base de toute méthode d’aiguisage de rasoir

1. Aiguiser un rasoir exige des passes stables qui assurent un bon contact entre le fil et la surface de la pierre à aiguiser. Seul beaucoup de pratique permet d’arriver à un mouvement d’aiguisage satisfaisant. Il vaut mieux viser la précision que la vitesse. La vitesse viendra naturellement avec l’expérience.

2. Il est absolument impératif que vous évitiez que la boue ne devienne trop dense ou trop sèche. Alors qu’une telle boue est capable d’enlever rapidement l’acier, l’effet sur le tranchant est le même que celui qu’on obtient en le poussant dans de la gadoue épaisse. Vous pouvez réduire considérablement la largeur de la lame sans jamais atteindre une qualité du tranchant qui permette de raser les poils du bras. Garder à l’esprit, que le “bon biseau suivant” n’est jamais très loin du biseau originel. A moins qu’il n’y ait des défauts visibles à l’oeil nu à ôter du fil, la formation du nouveau biseau ne causera pas d’amincisse- ment visible de la lame. Pour conserver la boue dans sa limite de fonctionnement, ajouter une goutte d’eau au premier signe d’assèchement.

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2 L’étape de dilution

Il n’est nul besoin de rafraîchir la boue, du moment qu’il y en a encore sur la pierre à la fin de l’étape de correction du biseau. Les passes d’aiguisage restent les mêmes, il faut seulement réduire leur nombre à 15 mouvements d’aller et retour par série. La pression demeure la même que pendant l’étape de rectification du biseau. Pour ajouter de l’eau, n’utiliser pas de flacon pulvérisateur, car vous auriez moins de contrôle sur le taux de dilution. Gardez simplement une tasse d’eau à portée de la main. Plonger une phalange dans la tasse et transférer l’eau du doigt vers le milieu de la coticule. Ne vous soucier pas de mélanger l’eau à la boue. Ça se fera automatiquement. Il pourrait être nécessaire d’utiliser plus d’eau, ça dépend de la taille de votre coticule et du climat sous lequel vous travaillez. Observer attentivement ce qui se passe est important. Après chaque dilution, la sensation d’abrasion va diminuer. On peut l’entendre ou la ressentir au travers des doigts. La clé de la réussite réside dans la maîtrise de la dilution : si vous diluez trop vite la qualité du tranchant restera en arrière mais si la boue devient trop dense, la qualité du fil retournera à une étape précédente du proces- sus. Si le climat est très sec, il peut être nécessaire d’ajouter une goutte d’eau au milieu de la série de demi -passes.

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Image d’un cheveu humain prise avec un microscope électronique à balayage (à gauche, on peut voir la membrane vitrée). On remarque aussi les écailles sur la gaine externe. La structure particulière du cheveu le rend plus facilement sectionnable dans la direction opposée à sa croissance. Pour cette raison, on tiendra le cheveu par la pointe en effectuant le test du cheveu.

Une des erreurs les plus fréquentes chez le débutant est de commencer la passe trop hâtivement après le retournement de la lame avant qu’il n’y ait un contact établi entre la lame et la pierre. La lame ne doit jamais bouger tant que le dos n’est pas en contact avec la pierre. Un tout petit dérapage peut vous ra- mener plusieurs étapes en arrière. Si ça arrivait, ne vous faites pas d’illusion, vous avez certainement endommagé le fil. Faire alors au moins 4 séries de demi – passes sans ajouter d’eau. La boue va un peu s’épaissir. Puis recommencer les dilutions à partir de ce point-là.

Combien de dilutions va t’il falloir, ça varie d’une coticule à l’autre, mais il n’y a pas d’inconvénient à en faire davantage, 10-15 étapes de dilution est un bon point de départ. Par la suite, quand vous aurez plus d’expérience et serez accoutumé à votre coticule, vous pourrez réduire le nombre de dilutions à 7-10. A la fin de l’étape de dilution, ajouter pas mal d’eau sans nettoyer la coticule et effectuer une autre double série de demi-passes. Ensuite, nettoyer la pierre et le rasoir sous le robinet et exécuter une dernière série de demi-passes. Il est temps maintenant de terminer!

3 L’étape de finition

Rincer la coticule et le rasoir. Faire 30 à 50 passes en croix sans pression significative. C’est tout. Le succès peut être mesuré avec le test du cheveu.

 

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Le test du cheveu

Le rasoir devrait être capable de couper un cheveu épais et propre à 10mm du point où on le tient. Le cheveu doit être propre. Un cheveu d’un type un peu épais et raide fonction- nera mieux. Sécher le rasoir avec un mouchoir en papier et tenez le fil vers le haut. Tirer le cheveu, en le tenant par la pointe, en travers du fil. Si tout se passe bien, le fil attrapera presque immédiatement le cheveu et le sectionnera.

Pour plus d’information, se référer à cet article: http://www.coticule.be/hanging-hair-test.html

Affilage

Un fil fraîchement aiguisé à la coticule exige d’être bien affilé, parce que l’amélioration qu’on peut attendre d’un affilage est typiquement plus importante que pour la plupart des autres pierres à aiguiser. Cette amélioration peut être clairement contrôlée avec le test du cheveu, ça augmentera de 1 à 2 points le résultat du test. Pour ce premier affilage, après aigui- sage, on recommande 60 passes sur le côté canevas et 60 sur le cuir lisse. Pour l’affilage d’entretien avant rasage, 20 passes sur le textile et 40 sur le cuir devraient être suffisantes.

Quelques remarques finales

Si vous n’avez pas d’expérience dans l’aiguisage de rasoir, il peut être sage de débuter avec un rasoir évidé. Ils ont généra- lement de plus petites faces de biseau, ce qui les rend plus fa- ciles et notablement plus rapides à aiguiser. Viser à apprendre un mouvement d’aiguisage stable et uniforme. Faire des mou- vements lents, mais précis. La vitesse que vous pourrez voir sur la vidéo de démonstration viendra naturellement avec le temps. Aiguiser un rasoir est un travail méticuleux. Une per- sonne expérimentée et compétente pourra paraître noncha- lante pendant qu’elle aiguise. Rien n’est plus loin de la vérité. Aiguiser un rasoir exige précision et concentration.

La vidéo démonstration de la méthode est disponible sur Youtube « dilucot-honing-method »


Il est cependant conseillé de lire attentivement ce document pour maximiser ses chances de réussite.

Les nombres de passes sont donnés à titre indicatif pour une coticule de 15cm*5cm. Il peut s’avérer nécessaire d’ajuster ces chiffres si la taille de votre coticule est différente.

Texte originale écrit par Bart Torfs. Traduit et rédigé en français par Laurent Planckaert, avec assistance de Wim Decraene.
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Le document en PDF : Dilucot-FR