Lettre à un débutant

Par rem.44

Salut à toi, jeune (ou moins jeune) débutant !

Tu débutes le rasage au coupe-chou, ou tu comptes t’y mettre prochainement, et tu as tout plein de questions.
Rassure-toi, on a tous eu les mêmes :

1. Quel CC choisir ?
2. Toutes les marques se valent-elles ?
3. Quel profil de lame choisir ?
4. Quelle largeur ?
5. Et les lames en inox, elles sont mieux, ou moins bien que les lames en acier simple « au carbone » ?
6. De quels accessoires ai-je besoin pour débuter ?
Etc …

Bon, pour la faire courte :
Personne ne peut deviner quel rasoir te conviendra : c’est à toi de le découvrir.
Et il n’y a qu’en l’utilisant que tu le découvriras. Et pour cela, il faut que ton rasoir soit affilé correctement : « shave-ready », comme on dit.
C’est la raison pour laquelle, si tu ne connais absolument pas le rasage au coupe-chou, je te déconseille absolument un rasoir neuf. En particulier un Dovo d’entrée de gamme … Il ne sera pas prêt pour le rasage directement sorti de sa boîte : il te faudra le (faire) préparer, et ce n’est pas si facile, surtout quand on débute.
Un rasoir qui aura déjà été utilisé sera normalement opérationnel : il aura été affilé par son précédent propriétaire.  Et il y en a en excellent état, proche du neuf . Quant à ceux qui portent les stigmates de leur vie passée, rassure-toi, ça ne les empêche pas d’être aussi efficaces que des lames plus récentes, ou en meilleur état.
La preuve en image, avec cette comparaison, à la loupe X50, entre le fil d’un rasoir neuf « sorti de la boîte », à gauche, et celui d’un rasoir correctement préparé et affilé, à droite.

Sans commentaire …
Mais si après ces conseils, tu as encore envie de te faire plaisir avec un superbe rasoir flambant neuf, ne te prive pas …

Quelle marque ?
L’avantage du CC, c’est que ça reste un objet fait pour durer : une vie, voire plusieurs ! C’est donc un objet généralement fabriqué avec des matériaux de qualité, ce qui fait qu’à part certaines productions exotiques, aux lames en acier à ferrer les biques indo-chino-pakistanaises et aux manches en bois de cageot, les mauvaises surprises sont rares.
Quelques saisies dans un moteur de recherche, sur le forum ou sur Google, te renseigneront rapidement sur la rareté, la qualité, voire la valeur du rasoir que tu convoites.

Quelle taille de lame ? Quelle forme de nez ?
Les différences sont bien souvent purement esthétiques, mais pour débuter, on conseille souvent de rester dans les « standards », c’est à dire une lame pas trop large, entre 5/8 et 6/8, avec un nez rond, ou français, plutôt qu’un nez droit, ou une lame aussi large qu’une feuille de boucher, qui pourrait être plus délicate à manier et plus impressionnante aux yeux d’un débutant.
On mesure la taille de la lame, c’est à dire sa largeur, en huitièmes de pouces : un 5/8 mesure donc 2.54 cm X5 / 8, soit 1,58 cm, environ, et un 6/8 mesure 1,9 cm.
Les largeurs les plus courantes sont :

4/8 = (1 inch / 8 ) x 4 = ((2.54 / 8 ) x 4) = 1.27 cm

5/8 = (1 inch / 8 ) x 5 = ((2.54 / 8 ) x 5) = 1.58 cm

6/8 = (1 inch / 8 ) x 6 = ((2.54 / 8 ) x 6) = 1.90 cm

7/8 = (1 inch / 8 ) x 7 = ((2.54 / 8 ) x 7) = 2.22 cm

8/8 = pour faire court 2.54 cm

Quel profil de lame ? Évidée ? Demi-évidée ou complètement ? Pleine (Wedge) ? Frameback ?
Là encore, restons raisonnable, pour des débuts en douceur. Les wedges sont délicats à affiler, et les lames complètement évidées, souvent estampillées  « spéciales barbes (très) dures », peuvent de révéler fragiles et capricieuses si on les malmène un peu. Maitriser une lame simplement évidée, ou demi-évidée se révèlera un challenge déjà bien assez ardu, pour débuter : ne sois pas trop pressé de te couper avec un « Extra Hollow Ground » !
Quant aux framebacks, ces rasoirs dont la lame est enchâssée dans un bâti en acier, ils ont tout pour convenir aux débutants : ils sont doux, permissifs, pas trop fragiles, et donc plutôt faciles d’entretien .
Mais encore faut-il apprécier leur esthétique …

Quel acier ?
Si la très grande majorité des coupe-choux est en acier en carbone, il ne faut pas pour autant mépriser les lames en inox. On trouve, dans les bonnes marques (Dovo, TI, Henkels …) d’excellentes lames en inox, aussi douces que leurs sœurs en acier au carbone simple .
Et elles ont l’avantage de ne pas craindre l’oxydation ce qui, pour une lame destinée à être utilisée dans une salle de bain, n’est pas négligeable !

Voilà pour le rasoir … mais il n’y a pas que ça !

Quels accessoires ?
Tu vas d’abord avoir besoin d’un cuir, pour entretenir ton rasoir, et garder le fil parfaitement affilé : en cherchant un peu sur le forum, tu devrais trouver toutes les réponses aux questions que tu te poses sur ce (vaste) sujet !
Ensuite, pour le rasage, un blaireau et de quoi faire de la mousse.
Un blaireau trouvé en supermarché, aux environs de 10 euros (Wilkinson, la Maison du Barbier …) est bien suffisant pour débuter.
Pour la mousse, oublie les gels et autres mousses en bombe, qui ne sont pas adaptés.
Choisis un bon savon (ils sont rares en supermarché …), ou mieux, une crème : celles proposées dans les grandes surfaces sont souvent correctes, au regard de leur prix : Nivéa for Men, Palmolive …
Et pour faire mousser tout ça : un bol à petit déjeuner, ou un ramequin, que tu trouveras dans ta cuisine, ou sur un vide-grenier .
Et n’oublie pas un bon après-rasage, sans alcool, parce que tu le vaux bien …  Laughing

Le reste, les gestes, la pratique, l’aisance, les conseils, tu les trouveras facilement sur le forum, en cherchant un peu, dans les rubriques concernées : fouille, fouine, creuse, visionne quelques vidéos, et puis lance-toi !
Et surtout, n’oublie pas de nous raconter ça !  Wink

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Allez, je suis d’humeur épistolaire, en ce moment …  Wink

Donc ça y est : tu as craqué pour un coupe-chou dans les petites annonces, ou tu t’en es offert un tout neuf, tout beau tout brillant, et tu l’as longuement préparé sur le cuir qui l’accompagne (tout neuf lui aussi) : sur la face enduite de pâte verte Puma d’abord, puis sur la face nue, toute lisse et douce.
Tu as investi dans un blaireau Wilkinson à 10 euros, avec son superbe manche en matière synthétique noire, et tu te demandes bien comment tu vas utiliser cette drôle de crème en tube Nivéa for Men .
« Spéciale blaireau » : c’est clair, elle était faite pour moi …
Tu es même allé piquer un bol à petit déjeuner dans le placard de la cuisine, et ton blaireau y trempe depuis un bon moment, la tête à l’envers, dans l’eau chaude : c’est bon, il doit être cuit, maintenant …
Tu as visionné quelques vidéos ? Je te préviens, les miennes ne sont pas forcément des exemples à suivre ….

Au fait, tu as pensé à te laisser pousser la barbe suffisamment ?
Deux, trois jours, c’est pas mal, pour un début : pas trop courte pour ne pas galérer, avoir de quoi donner à couper à ta lame, et suffisamment longue pour bien visualiser le sens de la pousse des poils, pour suffisamment s’imbiber d’eau, et surtout de mousse, pour faciliter la glisse de la lame.

Tu peux vider ton bol d’eau chaude, secouer gentiment une ou deux fois ton blaireau au dessus du lavabo, et déposer une noisette de crème dans le fond du bol.
Si ton blaireau a gardé assez d’eau dans la touffe de poil, une mousse bien aérée va très vite se former, puis s’épaissir rapidement, au gré des mouvements circulaires rapides de ta touffe au fond du bol, jusqu’à prendre la consistance d’une crème épaisse.
Une fois que c’est fait, tu peux laisser reposer quelques secondes, le temps pour toi de bien t’humidifier la barbe, avec un gant de toilette bien imbibé d’eau très chaude.
Si tu as choisi un savon, la procédure n’est pas différente : blaireau bien humide, encore gorgé d’eau, tu le fais tourner sur le savon, jusqu’à ce qu’une belle mousse se forme. Elle va remplir la touffe de poils de ton blaireau, et tu n’auras plus qu’à la faire tourner sur ta barbe, en insistant plus ou moins longtemps, pour qu’une mousse bien épaisse recouvre ta barbe.

Tu vas pouvoir t’en tartiner la barbe, maintenant. Ne sois pas avare, mets-en une bonne couche, en faisant bien mousser en tournant le blaireau sur la barbe, en insistant bien sur les endroits délicats à raser, comme le cou, le menton, ou la moustache.

Et si tu as peur que la mousse sèche, parce que tu prends ton temps, ne savonne qu’une moitié de visage : une fois que tu auras rasé cette partie, tu pourras attaquer l’autre coté, après l’ avoir tartiné de mousse bien fraîche et humide.

Bon, maintenant que tu ressembles au Père Noël, il va bien falloir y aller … tu ne vas pas rester comme ça toute la journée !

Si tu es droitier, autant prendre le rasoir dans la main droite, pour raser le le coté droit.
Commence par le haut, pour descendre, et raser dans le sens du poil : ce sera le plus simple, pour débuter.
Essaye de bien tendre la peau, en tirant, avec deux doigts de ta main gauche, vers le haut, la peau au niveau de ta tempe.
Pose ta lame doucement, et descends, pour couper le poil, en faisant glisser ta lame sans appuyer sur la peau : plus tu appuieras, plus tu risques de te couper, et surtout, plus tu auras de rougeurs après le rasage.
Évite les à-coups, les aller-retours sur la même zone : si ton rasoir est bon, un seul passage suffira.
Au fur et à mesure de son avancée, ta lame se charge de mousse. En fonction de sa taille, de sa largeur, elle en « supportera » plus ou moins : à toi de juger quand elle sera suffisamment chargée pour être rincée, sous un filet d’eau chaude, ou essuyée délicatement, en fuyant le fil, sur une serviette humide ou un gant de toilette.
Essaye de bien suivre le sens du poil, que tu auras repéré auparavant : laisse de coté le rebrousse-poil pour l’instant.
Les joues, c’est le plus facile : la surface est relativement plane, et large : profites-en pour utiliser le maximum de longueur utile de ta lame.
Pour fair le coté gauche, tu as le choix : soit tu changes de main, si tu arrives à transposer ta prise en main droitière à gauche, soit tu gardes le rasoir dans ta main forte, avec l’inconvénient de voir ton bras te boucher la vue, pendant ces mouvements. Et n’oublie pas de tirer la peau, toujours pour faciliter la glisse de la lame.
Bon, maintenant que si les joues sont faites, débarrasse-toi donc de cette moustache, tant que ton tranchant est encore « frais ». Cette partie du visage étant plutôt sensible, car la peau y est fine, alors appuie le moins possible : caresse, effleure la avec ta lame, en la faisant gonfler légèrement (mais pas trop) en prenant de l’air dans ta bouche.
Pour le cou, c’est simple, maintenant que les joues sont débarrassées de leur mousse (et de leurs poils !) : tu tires la peau vers le haut, doucement, et tu fais glisser ta lame vers le bas, en essayant d’épouser cet angle, au niveau de la machoire.
Le coté droit fait, tu peux attaquer le coté gauche, et attention à la marche, au niveau de l’ angle de la machoire !
Il ne reste plus que le menton, et la lèvre inférieure, à raser. Tu as bien fait de les laisser pour la fin : la mousse a eu bien le temps d’imprégner le poil, pour le préparer. Trop ? Elle a fini par sécher ? Dans ce cas, repasse un bon coup de blaireau avec de la mousse fraiche : se raser sur de la mousse sèche, ce n’est pas la joie …
Essaye de tendre la peau du menton : les grimaces marchent bien, sinon, tu peux te mordre la lèvre inférieure, voire bien avancer le menton .
Voilà, plus qu’à laisser glisser la lame jusqu’à la pomme d’Adam, en essayant de ne pas la décapiter, et tu auras rempli ton premier contrat.
N’insiste pas : si tu ne t’es pas encore coupé, et que ta peau n’a pas trop chauffé, restes-en là .
Si le résultat ne te satisfait pas, finis avec ton ancien rasoir : cette fois ci, c’était juste pour découvrir. Et puis,tu as peut-être déjà passé suffisamment de temps dans la salle de bain : ta femme, ton amie, tes enfants, vont finir par se demander ce que tu fais ….

J’espère que ça ne te chauffe pas trop ! Un peu, c’est normal : un coupe-chou reste un rasoir un peu plus agressif qu’un multilames jetable, surtout au début, si ta peau n’est pas habituée à ce traitement : son action est plus intense sur la peau, et il exfolie plus efficacement.
Reprends ton gant de toilette, rince le bien, puis imbibe le d’eau très froide : appliquée sur le visage, ça devrait te faire du bien, tout en resserrant les pores, et en ralentissement les petits saignements, que tu t’es peut-être infligés.

Un petit coup d’après-rasage, en évitant les lotions alcoolisées, pour bien réhydrater la peau, et il va être temps de ranger le matériel.

Le blaireau se rince en pressant bien la touffe à sa base, pour sortir toute la mousse restante, puis par quelques bains dans de l’eau propre. Un bon petit essorage en le secouant vigoureusement au-dessus de la douche, puis un essuyage léger sur une serviette sèche, puis rangement tête en bas, sur son support, ou debout, sur son manche.

Ton rasoir aussi va avoir besoin d’un nettoyage : le savon de rasage laisse souvent des marques blanchâtres, en séchant. Tu peux passer un peu d’eau chaude sur la lame de ton rasoir, et avec les doigts pleins de savon à main, bien débarrasser la lame des résidus gras de mousse séchée, en frottant avec les doigts, ou en « tirant » le fil, doucement, entre le le pouce et l’index, en veillant bien à ne pas toucher le fil du rasoir. Un petit rinçage, et tu pourras l’essuyer soigneusement, sur un chiffon microfibre, ou un mouchoir en papier, pour bien absorber les dernières traces d’humidité, en passant précautionneusement sur la lame et entre les chasses, voire en soufflant entre elles, pour faire partir les dernières gouttelettes d’eau qui se cachent souvent au niveau de l’axe de la lame.
On ne range jamais un rasoir humide, mouillé, sous peine de voir apparaître des taches d’oxydation, qu’on aura bien du mal à faire disparaitre ensuite.

Alors, prêt pour le rebrousse-poil, maintenant ?  Wink

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On avait dit « le rebrousse-poil », donc …

Bon, maintenant que tu as réussi à te raser plusieurs fois dans le sens du poil, tu commences à mieux « sentir » le poids du rasoir dans ta main : tu hésites moins sur la prise en main à adopter, tu poses ta lame sur la peau avec ce juste mélange de précision, de douceur et d’assurance pour ne pas te couper, et ta lame fauche le poil sans t’arracher la peau, ni trop l’échauffer.

Pour préparer le grand saut vers le rebrousse-poil, tu peux essayer d’autres trajectoires de coupe que le sens du poil, sans pour autant raser en réel rebrousse-poil. Une trajectoire oblique, en quelque sorte, qui ne sera pas l’exact chemin inverse d’une passe dans le sens du poil. Moins « agressive » que le rebrousse-poil, elle devrait permettre une finition correcte de ton rasage, tout en t’obligeant à des prises inédites de ton rasoir, et des angles d’ouverture de la lame par rapport au manche plus variés.

Pour bien visionner toutes ces trajectoires, il peut être utile de laisser pousser la barbe plusieurs jours, pour bien repèrer le sens de pousse en fonction des zones du visage. En passant la main dans sa barbe de 2-3 jours, on sent bien où ça glisse, et où ça gratte.
La main fermée, et l’index tendu, on le frotte sur la barbe, comme une lame : ça y est, tu visionnes déjà la lame sur cette partie du visage, tu en déduis la prise en main du rasoir, et la façon de tirer la peau, pour faciliter la glisse, et l’accroche des poils rebelles.

Ce petit exercice va peut-être être l’occasion de te rendre compte que tu aimerais parfois bien utliser ta main gauche pour tenir le rasoir, plutôt que la droite, mais voilà … Déjà, avec la main droite, tu n’es pas bien rassuré, alors avec la gauche !!!
Pas de panique, ce n’est pas plus compliqué qu’avec la main « forte » : visionne bien l’endroit où va se poser la lame, et la trajectoire qu’elle va prendre, et fais ce mouvement, sans stoucher la peau, à quelques centimètres de celle-ci. Ca a l’air jouable ? Bon, eh bien, vas-y, alors, mais sans appuyer, ni forcer, mais sans t’arrêter non plus : une lame immobile sur la peau est une lame qui ne rase plus : elle coupe !

Mais il va quand même bien falloir essayer un jour ce rebrousse-poil : tu ne vas pas rester un débutant indéfiniment !

Ta mousse devra être bien humide, montée avec un blaireau bien chargé en eau chaude : la glisse n’en sera que meilleure.
Et comme tu risques d’être un peu lent les premières fois, ne savonne qu’une moitié de visage à la fois : la gauche, en premier, pour débuter plus aisément avec la main droite.

Commence par le bas du cou, pour remonter vers l’angle de la machoire, jusque sous l’oreille : en tendant la peau vers le bas, et en couchant bien ta lame sur la peau, la coupe sera facilitée.

Les difficultés « techniques » restent les mêmes que dans le sens du poil :
Pour l’angle de la machoire, essaye de garder la lame dans l’axe de la ligne de la machoire .
Pour le menton, la difficulté est de garder le même angle entre la peau et la lame, malgré la forme arrondie du menton. Tout en avançant la lame, il faut donc veiller à la faire légèrement pivoter, pour éviter qu’elle vienne se planter à la perpendiculaire dans la peau.
Pour la moustache, c’est la sensibilité de la peau qui pose problème : si on appuie trop fort, si on repasse trop sur la même zone, on irrite inévitablement, avec de nombreux points de sang. La solution, c’est de passer transversalement, plutôt que de haut en bas, et en effleurant littéralement la peau.
Quant aux joues, on pense souvent à tort qu’il suffit de passer simplement verticalement de haut en bas, mais la trajectoire à suivre pour obtenir un résultat optimal n’est pas forcément aussi évidente : une trajectoire légèrement oblique est parfois plus efficace.

Mais tout ces conseils ne valent rien, si tu n’as pas un rasoir affilé parfaitement, capable de te raser sans points de sang sur la première passe.
Et qui sait, peut-être qu’ un jour, avec cette lame, tu feras le même choix que certains ici : commencer ton rasage par une passe à rebrousse-poil, pour enlever le maximum de poil dès la première passe, et n’avoir qu’une finition légère, dans le sens du poil à faire, pour diminuer le feu du rasoir et les irritations.

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Bon, ce n’est pas le tout d’ avoir un rasoir correctement préparé et affilé, qui a rasé une fois, encore faut-il savoir en entretenir le fil, pour qu’il ne perde pas son efficacité, tout en restant doux sur la peau.

Si un rasoir de bonne qualité, ou avec un acier particulièrement dur, peut supporter plusieurs rasages sans être réaffilé entre chaque, l’usage veut que l’on entretienne le fil de son rasoir avant chaque rasage, pour profiter d’une lame parfaitement affilée.

L’outil indispensable pour entretenir le fil d’un coupe-chou est évidemment le cuir.
Que l’on ait choisi une raquette (paddle) ou une lanière (strop), l’usage est le même : on passe la lame à plat sur le cuir, le dos et le tranchant étant tous les deux en contact avec le cuir.
Il est important de ne pas appuyer trop fort sur le cuir : le contact doit rester léger, la lame ne pesant sur le cuir que par son propre poids, sans pression supplémentaire de la part de la main qui la tient. Le rasoir avance sur le cuir le dos en avant, le tranchant « fuyant le cuir » . Le demi-tour, à la fin de chaque mouvement, se fait en retournant le rasoir sur le dos, sans décoller la lame du cuir, juste en tournant le poignet, sans changer la prise en main. Il ne faut donc pas hésiter à faire des essais « à blanc », avec le rasoir mais sans le cuir, ou à imiter le mouvement avec une lame qui ne craint rien, ou un couteau, sur une vieille ceinture ou un bout de bois plat, par exemple.

Le cuir ne modifie pas la géométrie du tranchant, comme pourrait le faire une pierre à aiguiser.
Une pierre, de par sa dureté et son action abrasive, créée un tranchant en attaquant l’acier, et laisse, à une échelle plus ou moins importante en fonction de sa finesse, de minuscules, voire de  microscopiques dents tout le long du fil (comme celles qu’on peut voir sur un couteau à steak, pour simplifier). Le fil ainsi formé, même si il coupe parfaitement, et peut même raser, n’en reste pas moins très agressif, et son usage ne manquerait pas de provoquer un feu du rasage … de tous les diables !!!
Le cuir, lui, a une action de polissage du fil. Il réduit la taille de ces minuscules dents, en les polissant, parfois aidé par l’ajout de pâte abrasive, comme la pâte verte Puma, qui conttient de l’oxyde de chrome.
A l’affilage, donc, la lame devient moins agressive, car ces minuscules dents voient leur taille se réduire, et griffent donc la peau beaucoup moins fort.
La preuve en image, avec cette comparaison entre le fil d’un rasoir neuf, pas encore préparé, à gauche, et celui d’un rasoir aiguisé et affilé, suite à une préparation digne de ce nom, et devenu « shave-ready », à droite, vus à la loupe X50.

Au rasage, la coupe de la barbe émousse évidemment le tranchant. Progressivement, la coupe des poils se fait alors moins franche, et la friction sur la peau moins douce, rendant les glissements de la lame sur la peau moins fluides, et les passes plus saccadées ce qui provoque rougeurs, feu du rasoir, et augmente le risque de coupures !

Bon alors, trève de théorie ! Concrètement, on fait quoi ?

C’est relativement simple, en fait, et pour débuter, mieux vaut rester dans la simplicité, justement !

Si le cuir choisi en dispose, et c’est le cas de pas mal de strops, il ne faut pas hésiter à utiliser le canevas attaché à la lanière. Le canevas, outre son action nettoyante, « décrassante » sur le fil, a pour effet, en réalignant le tranchant, fatigué par le précédent rasage, de préparer le fil à son passage sur le cuir. L’action du canevas étant plus agressive que celle du cuir, on veillera à ne pas en abuser : pour l’entretien régulier, ses utilisateurs se contentent de cinq à dix passes, bien légères, avant d’attaquer l’affilage sur le cuir.
Un canevas bricolé peut parfaitement l’affaire, si on en n’ est pas équipé : une bande de tissu sergé, disponible à la coupe au mètre, dans les grandes surfaces de bricolage, ou les magasins de tissu, un vieux drap en lin épais, ou une bande de tissu de jean toute simple, par exemple.

Et surtout, étape INDISPENSABLE, avant chaque rasage, affiler son coupe-chou sur son cuir !

Combien de passes ? Sujet de débats interminables, le nombre de passes sur le cuir à appliquer n’est pas fixe. Il varie, en fonction du cuir utilisé, de la lame, de son acier, de son évidement, de la technique de l’utilisateur, et de sûrement  bien d’autres paramètres ….
A titre indicatif, et purement personnel, et pour donner un ordre d’idée, je dirai qu’une cinquantaine de passes, est une bonne moyenne, sans pour autant prendre trop de temps. Mais si le résultat au rasage semble insuffisant, il ne faudra pas hésiter à augmenter ce chiffre, en le doublant, par exemple, pour pouvoir sentir la différence.
On se rend assez vite compte si ce nombre de passes sur le cuir suffit : le bruit du glissement de la lame sur le cuir évolue, au fil des passes, et au léger « griffage » de la lame sur le cuir succède bientôt un glissement doux, accompagné d’ un effet de « succion », de « collé » de la lame, qui épouse plus naturellement le cuir , et qui nous renseignent rapidement.

Enfin, à l’usage, on remarque que le fil d’un rasoir, son tranchant, se rode : au fur et à mesure des rasages et des affilages successifs, le tranchant évolue : tout en restant aussi efficace, il s’adoucit, devient plus « permissif », nottament sur d’ éventuels petits boutons, et provoque moins de points de sang, de rougeurs, de « feu » sur la peau.
Il ne faut donc pas juger trop vite un rasoir qui serait un peu agressif : avec un peu de patience, et beaucoup de cuir, quasiment toutes les lames révèlent le meilleur d’elles-mêmes !