Traitement des chasses en bois

Par Shengouille

Lorsqu’on réalise une superbe châsse en bois pour un CC, il convient de s’assurer de sa bonne tenue dans le temps. Un CC est exposé à l’eau, au savon, dans une atmosphère humide et chaude en général, conditions favorisant gonflements, apparition de moisissures et modification de teinte.
Plus un bois est poreux, plus il sera sujet à ce genre de désagréments. On préfèrera donc travailler sur des essences denses (buis, ébène, bois de fer, cocobolo…) que sur des essences comme le bouleau, le chêne, le hêtre, les fruitiers ou les résineux.

Il convient de traiter le bois de manière à le rendre imperméable. On travaillera avec des huiles, des cires ou des vernis. Parfois une combinaison de ces produits. L’avantage dans notre cas est que l’épaisseur à traiter est très faible, permettant un délai d’imprégnation raisonnable, même dans le cas d’un bois dense.

Avant d’appliquer un traitement, le bois devra être poncé à la laine d’acier 000 jusqu’à ce qu’aucune rayure de façonnage ne subsiste, humidifiez la châsse de manière à faire gonfler les échardes et repassez la laine d’acier. Les pores doivent être débouchés (alcool à 70° ou essence de térébenthine) pour que l’imprégnation se fasse bien. Laissez sécher, votre châsse est prête à être traitée.

Mélange huile de lin / essence de térébenthine

Huile de lin et essence de térébenthine

 

Ces deux produits, très répandus et bon marché, sont fréquemment utilisés par les ébénistes dans un mélange 50/50. L’essence de térébenthine servira de solvant et favorisera la pénétration du mélange au cœur du bois. L’huile de lin bien connue des peintres est une huile siccative, c-a-d qu’elle ne sèche pas mais s’oxyde à l’air pour former une pellicule dure, un peu comme un vernis.

Réalisez votre mélange dans un bocal en verre assez haut, et conservez-le à température ambiante.

Immergez complètement les châsses dans le mélange, idéalement maintenu à une température de 30°c environ. En fonction de la densité du bois, laissez tremper entre 12 et 48h.

Essuyez les châsses avec un papier absorbant, et laissez sécher à température ambiante pendant 48 heures. Attention : poser les châsses pour qu’elles sèchent près d’une source de chaleur est le meilleur moyen de les cintrer, croyez-en ma douloureuse expérience…

 

 

Avantages :

  • méthode naturelle
  • facilité de mise en œuvre
  • facilité pour se fournir les matériaux
  • prix

Inconvénients :

  • teinte fortement les bois clairs
  • odeur
  • efficacité moyenne sur les bois poreux

L’efficacité du traitement est démultipliée lors de l’utilisation d’huile de lin cuite, mais le procédé pour la réaliser est long et dangereux, sachez juste qu’il a pour but de multiplier les qualités siccatives de l’huile en amorçant la polymérisation. Au final, on obtient quasiment un vernis.

Huile de Tung / Huile chinoise

Essence d’agrume

On la trouve souvent comme composé des produits de traitement pour Teck et autres bois exotiques pour terrasses et salons. L’huile de Tung ou huile d’abrasin ou huile de bois de chine, utilisée notamment en lutherie. Elle « sèche » plus vite que l’huile de lin, donne un fini totalement imperméable et résistant aux acides et à l’alcool.

On peut la diluer avec de l’essence d’agrumes pour améliorer son pouvoir de pénétration.

Aliaswonder a écrit:

J’ai pu lire en plusieurs endroit que huile de Tung rimait avec bambou et qu’elle était employé notamment pour protéger les flutes Shakuhachi de l’humidité et les empêcher de se fendre. Il n’en fallait pas moins pour éveiller mon intérêt. L’autre avantage est que c’est un produit entièrement naturel, non toxique et écologique.

Sa consistence ressemble à du miel et la couleur aussi avec une odeur de noix pas désagréable et naturelle ce qui est normal puisqu’elle est extraite de noix d’abrasin. Au toucher c’est comme de l’huile un peu épaisse.
Pour la première couche je l »ai mélangé comme il est dit partout, avec de l’essence d’orange, environ moitié/moitié. J’applique au pinceau, laisse mariner une vingtaine de minutes puis je frotte avec un chiffon non pelucheux. Ça pénètre étonnamment bien.
Séchage une douzaine d’heures, le lendemain le bambou est tout mat et l’huile semble avoir disparu.
J’enchaîne avec les couches d’huile pure en appliquant le même procédé, d’abord largement au pinceau puis malaxage/massage avec les doigts pour bien faire pénétrer, 20 mn à laisser mariner puis essuyage avec un chiffon pour ne laisser qu’un film.

Je laisse sécher chaque couche 12h et le bambou semble littéralement « boire » l’huile. Je laisse le bambou brillant et huilé et je le retrouve le lendemain complètement mat.
J’ai fait ça une dizaine de jours jusqu’à l’apparition d’un petit lustre signe que le bambou est saturé. Maintenant je continue à frotter un peu le manche avec un chiffon imbibé d’huile tous les jours pour entretenir le lustre.

La finition obtenue est très naturelle et très discrète, la couleur du bambou est un peu réchauffée, le fibrage bien mis en valeur et le toucher est velouté. J’ai coupé un peu dans la pièce et pu voir qu’elle est complètement imprégnée en profondeur, c’est plus dense et la sciure n’est plus la même. J’ai aussi remarqué que cela se prête très bien aux retouches, il suffit de poncer, frotter un peu de la teinte à bois puis frotter avec un chiffon imbibé d’huile. C’est magique et complètement impossible avec un vernis.

Perso je trouve que l’huile de Tung c’est très bien sur une pièce dont on veut un aspect très naturel mais peu lustré, quasiment mat. Si on veut de la brillance c’est pas l’idéal parce qu’il faut cirer et qu’on se retrouve avec des produits de style térébenthine. Je pense que c’est un fini qui doit bien vieillir parce qu’il laisse respirer le bois tout en le protégeant et est d’un entretien très facile. L’inconvénient c’est que c’est long et il faut bien prévoir une quinzaine de jours pour traiter une pièce correctement.

 

Huile danoise / Danish oil.

Aliaswonder :
L’huile Nordique c’est autre chose. D’abord ça pue le produit pétrolier, ça a la couleur et la consistance de la mélasse et c’est poisseux et ça colle aux doigts. En réalité ce n’est pas de l’huile mais une préparation à base d’huile polymérisée (tung ou lin, le fabricant n’est pas obligé de le dire) additionné d’un siccatif qui fait sécher plus vite, d’un diluant genre térébenthine et parfois même de vernis. Le concept c’est d’allier les propriétés d’une huile qui pénètre à l’intérieur du bois avec un vernis qui scelle la surface contre l’humidité et autres attaques.
J’ai procédé comme pour l’huile de Tung en diluant la 1ère couche avec de l’essence d’agrumes. J’applique à la brosse, laisse mariner 1/4h puis j’essuie avec un chiffon. Je laisse sécher 6h puis j’en remet une couche.
Au bout de 4-5 couche (2 jours) j’obtiens un résultat que j’aime bien mais très différent de l’huile de Tung. Le bambou est à la fois imprégné et comme enrobé d’une très fine couche dure et transparente, entre le vernis et l’encaustique, avec un joli lustre satiné et un toucher très soyeux.

 La couleur du bambou est très peu affectée, même un chouia éclaircie et le veinage bien mis en valeur. L’effet est un peu comparable à certaines peintures de carrosseries de voitures, il semble y avoir comme de la profondeur. C’est moins naturel que l’huile de tung pure, on dirait presque que le bambou est stabilisé mais je suis plutôt content du résultat. J’ai le lustre que je cherchais, une certaine protection et c’est assez rapide d’emploi. Les inconvénients sont que c’est plus difficile à retoucher (il faut frotter délicatement avec un peu d’huile d’agrumes) et que ce n’est pas agréable à travailler (poisseux, il faut mettre des gants).

Huile de camélia / huile de paraffine

A titre anecdotique, ces deux huiles incolores, inodores, qui ont le mérite de ne pas teinter le bois, mais qui ne sont pas siccatives. Elles vont se faire « boire » par le bois et l’imprégner, le rendant plus ou moins imperméable, mais une exposition à la chaleur et c’est la grosse « suée » qui transforme le coupe-chou en savonnette… pas convaincu.

Divers

On peut utiliser de la cire d’abeille en finition sur le bois, particulièrement après traitement à l’huile de lin, ça donne un aspect brillant assez sympa.

Sur le buis on peut aussi utiliser de la graisse de canard qui lui donnera une superbe teinte miel tout en l’imprégnant en profondeur.