Old SHEFFIELD razors

Traduction de charlie48horlogerie

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Alors que le titre de cet article semble désigner un champ d’intérêt très étroit, il n’est pas aussi étroit qu’il n’y parait. Jusqu’au milieu du XIX°, il n’y avait pas de rasoir américain, autant que je sache, c’est à ce moment que des immigrants de Sheffield commencèrent à faire de la coutellerie dans le Massachussetts et le Connecticut.

Les rasoirs français, suisse, allemand et suédois étaient très rares en Amérique avant la Guerre de Sécession. Des rasoirs anglais marqués Londres ou Liverpool étaient parfois rencontrés, mais en fait, ils étaient souvent fabriqués à Sheffield. 90% des rasoirs utilisés avant la guerre civile étaient manufacturés à Sheffield, Angleterre, et portait le nom ou la marque de quelque manufacturier de Sheffield.

Des rasoirs du XVII siècle ont du existé, mais il m’est difficile d’en décrire puisque tous les rasoirs que j’ai vu dataient d’après la guerre d’indépendance (1776). Il n’y a vraisemblablement pas eu de changement dans le style durant les années d’avant la révolution.

Dans la datation la tradition familiale est de peu d’aide, un musée à récemment labélisé un rasoir comme datant de la guerre d’indépendance, sans s’émouvoir que le fabriquant de ce rasoir n’était pas né avant 1800.

La guerre civile américaine (1865) marque la fin de l’intérêt du collectionneur de coupe chou, c’est à ce moment que la folie pour le rasoir «hollow ground » est apparue, le style et parfois la fabrication sont alors devenus inférieure.

Pas longtemps après, le vieux style de lame wedges a été abandonnée en faveur des rasoirs modernes, à lame fine et concave, généralement de fabrication Allemande, lesquels régnaient jusqu’à ces dernières années, en effet la majorité des jeunes américains commencèrent à se labourer le visage avec des rasoirs de sureté (safety razors)- un procédé qui entretien les mêmes relations vis-à-vis du rasage que le filet pélagique entretien avec la pêche à la mouche.

Le bon vieux wedge est le meilleur instrument de rasage qui n’a jamais été conçu.

Par de longues analogies avec d’autres anciens et antiques rasoirs de bon gout, il m’est apparu qu’un rasoir en bonne condition, avec le poli d’origine non détérioré par le passage à la meule ou un aiguisage excessif, ou par la rouille, est un véritable trésor.
Mais de telles conditions sont rarement réunies et bien souvent le meulage doit être employé pour restaurer la lame et enlever la rouille et le long biseau causé par de longues années d’aiguisage. Le collectionneur doit être heureux si aucun changement dans la forme de la lame n’est résulte. On doit donner des conseils aux rémouleurs ou aux barbiers lorsque l’on leur demande de restaurer de tels rasoirs, car la plupart d’entre eux ignorent l’histoire des lames et des chasses, et si on les laisse à leur seule initiative, ils auront vite fait de rendre une vieille lame concave, ou au mieux demi concave, et remplaceront les chasses par des chasses en celluloïd.
Après que la lame ait été restaurée, la chasse doit être nettoyée à l’intérieur et à l’extérieur avec une petit brosse dure, du savon et de l’eau, et surtout bien séchée ensuite. Si elles ont cassées, elles peuvent parfois être réparées par la pose de rivets. Souvent une bonne lame sera moins prisée en fonction de la qualité de la chasse qui lui est adjointe. Dans ce cas une chasse de la même période pourra être prélevée sur un rasoir usé ou dont la lame à été rendue concave. Bien sur, ce rasoir sera moins prisé qu’un spécimen entièrement d’origine.

Les rasoirs avec des inscriptions historiquement intéressantes sur la lame ou sur la chasse, et ceux avec une chasse ou une lame très travaillée, sont parfaits pour les collectionneurs. La qualité de l’acier a son importance, en effet, le véritable collectionneur se rase avec chaque rasoir de sa collection. On nous dit qu’il est impossible de découvrir la qualité de l’acier par l’apparence de la lame. Quoique fort ignorant de la science chimique, j’aime à penser –surement une superstition- que les décolorations opalescentes, et la rouille noire plutôt que la rouge, sont des signes favorables pour une vieille lame.

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Certaines lames sont invariablement sans valeur, telles les derniers et peu onéreux spécimens avec des portraits de « Washington, champion de la liberté », et celles fabriquées par Frederick Reynolds.
Les rasoirs peuvent avoir été déformés par la rouille ou l’usage excessif, ces lames n’ont pas de valeur aux yeux du collectionneur. Les rasoirs qui n’ont pas de marque sont de la même façon peu estimés. Lorsque j’exprime cette opinion, je tiens compte de l’avis des collectionneurs de ma connaissance, leur nombre est si restreint qu’il est difficile d’avoir une opinion suffisamment large, et les rasoirs ne peuvent atteindre des prix considérables.
Les vieux rasoirs de Sheffield peuvent être classés en trois périodes :
1. Avant 1800
2. De 1800 à 1833
3. De 1833 à la guerre civile américaine

Ces périodes ont été déterminées en comparant des centaines de spécimens de différentes origines avec des données glanées dans l’ histoire et les archives de Sheffield, mais aussi, de façon limitée, des marques sur les rasoirs eux-mêmes.

Les dates des rasoirs et les données sur le cursus des fabricants citées dans cet article, sont approximativement correctes, je dois laisser à quelque étudiant de Sheffield, qui aura accès aux sources directes, d’écrire histoire exacte et de manière scientifique sur le sujet de la coutellerie.

Les rasoirs de la période d’avant 1800,

n’avaient pas de soie différenciée de la lame, rien n’empêchait le pouce d’être coupé par la lame ; le crochet est fin, plat, relevé et encore plus petit que les rasoirs de la période suivante.

Les rasoirs de la révolution, sont légèrement courbes au niveau de l’extrémité du dos de la lame. Mais à la fin du XVIII° cette courbure disparaît et le rasoir devient plus petit. Beaucoup de rasoir du XVIII° était marqué « cast steel » ou « acier fondu », ce qui les date d’après 1772, car l’appellation commerciale de l’acier fondu, qui a donné à Sheffield la suprématie commerciale que l’on connait, n’a pas commencé avant cette date.
La corne de bœuf, jaune, noire, ou marbré comme l’écaille de tortue, souvent avec des incrustations d’étoiles de métal, ou d’autre ornements, communément rencontrés sur les lames du XVIII° siècle, tout comme les chasses en écaille ou en os – mais pas en ivoire.

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En 1800, une délimitation se fait jour entre la soie et la lame, petite au début, le rasoir commence à ressembler à un rasoir moderne. Le crochet devient plus long et plus épais, mais conserve cette apparence frustre et très fine due au martelage, et ce jusqu’en 1833. Les collectionneurs parlent des rasoirs d’avant 1833 comme les rasoirs à crochet plat.
Les rasoirs de 1800 à 1815 était habituellement petits, mais ils deviennent grand à partir de 1815. A partir de 1810, et les années après, les rasoirs avaient des chasses droites avec des extrémités carrées. Les chasses en corne restent l’ordinaire, mais les incrustations en métal ne sont plus graduellement à la mode. L’ivoire commence à être utilisé dans les chasses de qualité. Durant cette période, et souvent après, la corne était souvent pressée, et elle révélait des scènes de chasse, des moulures artistiques ou des héros populaires. Les manufacturiers anglais n’ont pas vu de déloyauté à faire figurer des soldats américains, des marins qui avaient récemment combattus avec l’Angleterre durant la guerre de 1812.

A partir de 1800,

l’emploi de marque avec des noms de lieu, comme le fameux Bengall de la frime Cadman, l’emploi de combinaisons de signes et de lettres du XVIII° se démode. Le nom du fabriquant et l’initiale du prénom devient la norme. Par exemple Thomas Warbuton change sa marque « Lisbon » pour « Warbutton ». En 1814, Rhodes et Champion commence à faire des rasoirs avec un dos d’alliage de cuivre avec une lame d’acier enchâssées, ce qui permettait d’uniformiser la trempe, mais ce style ne semble pas avoir eu la faveur du public à l’époque.

La période 1820 – 1833 est celle qui est la plus intéressante pour le collectionneur. Malgré l’article de Ebenezer Rhodes qui en 1821, décrit le déclin de l’art du fabriquant de rasoir. Le fait est que les plus beaux rasoirs ont été fabriqués entre 1820 et 1833.
En 1821 Joseph Rodgers et sons a obtenu l’appointement auprès de sa majesté George IV, un honneur qui les a encouragés pour faire plus d’efforts et qui a stimulé la concurrence. C’est à cette période que l’on a commencé à pratiquer des entailles dans le haut du dos au niveau de la soie afin d’éviter que les doigts ne laissent glisser le rasoir, c‘est également durant cette période que les initiales du souverain étaient apposée (GR pour George IV, WR pour William IV en 1830, et VR durant le long règne de la reine victoria qui commence n 1837).
En 1820, le grand scientifique Michael Faraday, découvre une façon d’ajouter 0,25% d’argent à l’acier fondu, selon lui cela améliorait la qualité, mais la présence d’argent dans les rasoirs marqués silver steel peut-être souvent mis en doute. Beaucoup de lames des années 1820 1830 ont des petites poésies gravés sur elles telles que « old english » « essayez moi »et « tu fais bien mousser, je couperai bien ». C’est durant cette période que les manufactures commencèrent à produire des sets de sept lames, chacune avec le nom du jour gravé sur leur dos, et chacune venant s’inclure dans une chasse et soie.

Durant le règne de William IV, autour de 1833, une troisième période commence.

Sa caractéristique est la largeur des lames et un long crochet. De 1833 à 1840, le crochet était recourbé et pas très long, la soie avait souvent une encoche en dessous, et les chasses étaient de forme pointues, c’est plus tard que les chasses perdirent leur coté pointu, et que le crochet devint long et curviligne. En plus des autres matériaux pour les chasses, on a utilisé la corne de cerf et la nacre. Un style de lame intéressant dans les dernières années de la décennie 1830 a la pointe plus large que le talon, le dos montrait cette même différence afin que la lame repose plate sur la pierre ou le cuir.

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Les années 1840 ou 1850 ont des styles de rasoirs très divers, parmi ces rasoirs on peut noter les « dos droit » avec le talon plus large que la pointe, parfois gravés avec des dessins de bateaux à vapeur ou de train, il y aussi de larges lames (un pouce ou plus), estampée « dutchmann », « magnum bonum » ou « for barber’s use », des lames avec des dos travaillés, avec l’aigle américain gravé sur les flancs.
La gravure, largement utilisés au début de 1800, est maintenant utilisée avec succès comme support pour « la poésie de coutelier », l’un de mes rasoirs porte les mots « I guess I shall do » (je pense que je vais le faire) – apparemment un essai d’un habitant du Hallmashire pour utiliser le jargon Yankee. Parfois le nom du revendeur était inscrit sur la lame, surtout lorsqu’il s’agissait de sets. Certains rasoirs portent des emblèmes maçonniques.

Pour énumérer tout les manufacturiers de Sheffield, si c’était possible, il faudrait écrire un livre entier. Certaines firmes existent encore aujourd’hui après un siècle d’existence, d’autres firmes n’ont produites que durant quelques années. A certains moments, 150 à 200 firmes coexistaient à Sheffield.
La plupart des ateliers étaient petits, avec peu d’employés. L’espace de cet article ne permet que de cité que quelques manufacturiers et pas forcement les meilleurs, mais plutôt ceux que l’on trouve le plus communément en Amérique.

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Au commencement du XIX°, une des marques que l’on rencontre souvent est Clark & Hall 1797 – 1823, un peu plus tard les rasoirs de John Barber étaient très populaires (1810 – 1834). En 1826, cinq firmes furent sélectionnés pour être appointées par le Duc d’York : Joseph Rodgers & sons ; James Crawshaw (successeur de Nowill et Kippax) ; Thomas Champion & son (auparavant Rhodes Champion) Thompson&Barber, et Samson sons. Les quatre derniers noms sont rarement rencontrés, ma propre collection n’a pas de représentant des deux derniers fabricants, ils ont pourtant fabriqués des rasoirs.

Trois des plus grandes firmes de coutellerie date du début du XIX°, Joseph Rodgers (1801), successeur de Maurice and Joseph Rodgers, est toujours leader en matière de coutellerie au niveau mondial. William Greaves & sons 1816 1850 successeur de William Greaves 1780 1816 a construit l’usine de Sheaf la première grande usine de Sheffield en 1823 – 1826, au prix de 13.000 livres sterling. Leur production était de la plus haute qualité. George Wostenholm & sons (1823 à aujourd’hui) successeur de George Wostenholm (1797 – 1823) était très en rapport avec le commerce outre atlantique.
Trois autres firmes étaient en vogue en Amérique et commençaient en 1820. Joseph Elliot (1821 – 1851) succède par Joseph Elliot & sons. La seconde était Frederick Fenney 1824 1852, la troisième était Wade & Butcher 1818 – 1827 successeur de Robert Wade et succédé par Butcher Brown & Butcher 1827 1830 et William & Samuel Butcher (depuis 1830). Mais la marque est restée Wade & Butcher jusqu’à aujourd’hui. La réputation de cette firme était si grande que pour parler des vieux rasoirs de Sheffield les gens emploient l’expression Wade & Butcher.
Il serait intéressant d’étudier le travail des couteliers venus de Sheffield aux USA au milieu du XIX°. Certains ont même fait venir de l’eau du Don et du Sheaf en pensant que seule l’eau de ces rivières donnait la trempe idéale à l’acier…
A. Burkinshaw de Pepperell, Massachussetts, un coutelier immigrant, montrait où était resté son cœur en utilisant sa marque « exile », une description de son sentiment intime. Un coutelier de Southbridge, Massachusetts, a adopté une coutume anglaise aux principes de la démocratie américaines en marquant sur ses rasoirs. « Henry Harrington, coutelier du peuple ».

Peut-être un article sur les rasoirs devrait se conclure avec de la déférence ou des excuses. Les comparaisons sentent mauvais, mais comme dit Dogberry, je ne défendrais pas mon hobby en décriant celui des autres.

Toutefois, afin de me défendre je pourrais citer plusieurs objets de collection qui sont loin de la beauté et de l’utilité des vieux rasoirs de Sheffield.